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Charron Christian
L’avortement, une réalité trop facilement oubliée

dimanche 25 février 2007

Lors de l’émission du 11 février de Tout le monde en parle, il y a un fait en apparence anodin qui m’a troublé. C’est la présentation d’une séquence de tournage, où on voit Sophie Lorain discuter avec d’autres femmes de l’avortement d’une d’entre elles, comme si c’était un geste courant et insignifiant.

L’insouciance des personnages tranchait avec la gravité du sujet traité, de même qu’avec l’ambiance générale du plateau de Tout le monde en parle.

Le choix de cette séquence n’est sans doute pas le fruit du hasard, il faudrait effectivement que notre société se penche sur cette question.

Regardons d’abord les chiffres. Statistiques Canada nous indique que 300287 avortements ont été délibérément provoqués entre 1994 et 2003. Durant cette période, la proportion d’avortements par rapport au nombre de grossesses est passé de 22,2 % à 28,96 %. De 1998 à 2003, le taux d’avortement se maintient autour de 29 %, ce qui veut dire que près de trois grossesses sur dix se terminent par un avortement. C’est à la fois triste et énorme.

Premier constat : chacun de nous devrait être plus cohérent face à l’avortement. Comment peut-on l’endosser aussi facilement, alors qu’on est prêt à manifester parce qu’un étang de grenouilles est menacé par la construction d’un Réno-Dépôt ? On est prêt à défendre des grenouilles, mais on met facilement un terme à la vie d’un petit être vivant qui serait devenu un bébé si on n’était pas intervenu.

La façon dont on traite la sexualité dans notre société démontre du mépris face au rôle que la sexualité joue dans la naissance d’un être humain. Cette inconscience est omni-présente, que ce soit la jeune femme qui exhibe son tatouage en haut des fesses, ou son j-string qui dépasse de ses jeans, les adultes qui traitent la sexualité avec légèreté ou les vidéo-clips qui utilisent le sexe à outrance pour faire de l’argent. Même s’il n’y a pas d’études à ce sujet, on peut se douter que cette mode a une influence sur le nombre de grossesses non désirées.

Même si les hommes ont aussi leur part de responsabilité face au haut taux d’avortement, les femmes doivent se sentir plus concernées et plus responsables face à cette tragédie. Tout d’abord, parce que la nature a choisi la femme pour donner la vie, et non pas l’homme. Et aussi parce que les hommes n’ont aucune possibilité légale d’empêcher un avortement. En effet, dans l’affaire Chantal Daigle vs Jean-GuyTremblay, la Cour suprême du Canada n’a donné aucun droit à l’homme de prévenir un avortement.

L’avortement produit une conséquence dans notre société à laquelle personne ne pense : il encourage une société moins vraie, ou si vous préférez, qui accepte plus facilement le mensonge. En d’autres termes, les personnes qui ont eu à vivre cette expérience, ou ont été impliqués dans cette décision, ne veulent pas trop réfléchir à la nature profonde de leur geste. La zone de vérité de leur cerveau devient un endroit à éviter. Par la suite, dans d’autres situations, ils seront portés à réprimer ou à se tenir à distance de ce qui est profond ou vrai, car cela les met en contact de nouveau avec la dure réalité de cette mauvaise expérience.

Évidemment, tous ceux qui ont vécu un avortement avaient des circonstances atténuantes. Pour ceux qui ont des regrets, la seule solution est évidemment le pardon à soi-même, puisqu’on ne peut pas changer ce qui est passé.

Quoi faire pour l’avenir ?

Notre société doit traiter la sexualité avec plus de respect. Elle devrait conscientiser les jeunes qu’une relation sexuelle est un geste spécial, qui peut mener à une grossesse, et que la solution de l’avortement est une expérience souvent traumatisante et douloureuse, car elle consiste en l’interruption de la vie.

Il faudrait aussi valoriser et faciliter la solution de l’adoption. C’était un geste fréquent à une autre époque. C’est un grand sacrifice que de mener à terme une grossesse et de donner son enfant à quelqu’un d’autre, et il faudrait que ce geste soit apprécié à sa juste valeur. Au Québec, il y a six ans d’attente pour ceux qui veulent adopter un enfant québécois donné par la mère à sa naissance, alors qu’il y a tant d’avortements qui sont pratiqués.




Réactions

  • > L’avortement, une réalité trop facilement oubliée
    9 octobre 2007, par tiso
    82.231.92..***
    d’après les investigations qui ont été faîtes, il semblerait que le but premier de la sexualité n’est pas été la procréation, mais plus particulièrement la décharge de tension qui avait lieu au sein d’un organisme, la preuve en ait que les premier hommes ignoraient totalement leurs rôles et leurs implications dans la maternité de leur compagnes, quant à penser qu’un avortement puisse être un acte contre nature, bien que je ne l’approuve pas, il suffit de constater l’étrange champ de bataille qui règne à l’intérieur d’un corp humain pour en douter.
  • > L’avortement, une réalité trop facilement oubliée
    28 février 2007, par Hélène
    65.94.181..***

    Peu importe l’erreur sur la personne, je vous félicite pour la justesse de vos propos. Merci d’avoir le courage de vos convictions. Dans une société ou la culture de la mort est exaltée, il n’est pas étonnant que cela ne choque plus personne et dans le royaume de l’égocentrisme, l’enfant à naître est devenu un fardeau à éliminer pour pouvoir continuer de jouir de tout ce que la liberté offre à nos sens dévoyés.

    Merci...

  • > L’avortement, une réalité trop facilement oubliée
    28 février 2007, par Suzanne
    216.99.50..***

    Merci d’avoir abordé cette question importante et souvent marginalisée au nom de la rectitude politique.

    Je note que de plus en plus, les jeunes québécois se questionnent sur l’avortement. Sans qu’ils deviennent tous des pro-vie acharnés, ils trouvent qu’on devrait mettre un gros bémol là-dessus. C’est quelque chose à regretter, à ne pas encourager, voire même de condamner en certaines circonstances.

    Ce que je trouve interéssant dans votre éditorial, c’est la volonté de reconnaître le lien entre la sexualité et la procréation. On vit dans une société où on veut nier cette loi de la nature. La vie est supposée être une belle chose, un don, une bénédiction ; sauf en général, on ne valorise pas la nature procréative de la sexualité : c’est un fardeau plutôt de quelque chose de miraculeux et désirable. Le rejet de la nature procréative de la sexualité et une des racines de l’avortement. On veut le plaisir, mais on ne veut pas ses conséquences. C’est pour ça on est quasiment schizophrène par rapport à tout ça : on sait que le sexe mène à la grossesse, mais on le nie en souhaitant que ça n’arrive pas à nous (tout en prenant des "précautions" bien sûr) et quand les conséquences indésirables arrivent, on se sentent quasiment bafoués. Alors l’avortement devient la solution. La grossesse, la vie, l’enfant, n’est pas quelque chose de beau, mais un inconvénient à disposer. C’est schizophrène comme attitude.

  • > L’avortement, une réalité trop facilement oubliée
    26 février 2007, par capucine
    205.205.23.***

    Vous êtes perdu mon très cher. Les trois actrices dans la scène dont vous parlez sont Brigitte Lafleur, Anne Cassabone et Geneviève Rochette. Sophie Lorain est réalisatrice ; elle ne joue pas dans la série dont vous parlez.

    La précision dans les détails aident ceux qui lisent le texte à prendre l’auteur au sérieux. Et vice versa !!!



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